L’insertion des jeunes !

mercredi 21 février 2007
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Voici un an éclatait la révolte des étudiants contre le CPE, ce « contrat première embauche » dont le principe - réserver aux jeunes un sas d’entrée précaire dans l’entreprise pendant deux ans - revenait à leur adresser ce message détestable : « Non seulement on ne vous forme pas bien, mais en plus on a peur de vous embaucher, et on veut pouvoir vous mettre à la porte sans façon. »

Le CPE était une mauvaise réponse à une bonne question, qui est celle de l’insertion des jeunes. Il aura fallu cette révolte pour que les pouvoirs publics réalisent que près de 80.000 jeunes sortent de l’université chaque année sans bagage monnayable auprès d’un employeur. Cependant que les diplà´més, malgré souvent trois ou quatre ans d’études de plus que leurs parents, subissent un « bizutage social » que la génération précédente n’a pas connu : accumulation de stages et CDD, déclassement, chà´mageà¢â‚¬Â¦ Une véritable machine à casser l’espoir des jeunes.

Certes, avec les travaux de la commission université-emploi présidée par Patrick Hetzel, le débat a progressé : on commence à comprendre que la formation doit mener à l’emploi, et à préconiser des mesures concrètes. Mais il faut aller au-delà du catalogue de mesures. La société doit marquer solennellement son engagement envers les jeunes. En posant cette question centrale : « A quoi sert l’université pour les étudiants et pour la société ? »

Depuis plus de 100 ans, la loi assigne deux missions à l’université : la formation et la recherche. En 2007, il est grand temps de conférer à celle-ci une responsabilité sociale au regard de la société. Pour la Confédération étudiante, l’université doit désormais se doter officiellement d’une troisième mission : l’insertion des jeunes ! Elle doit se sentir responsable du devenir de ceux auxquels elle délivre un diplà´me.

Or cette position est actuellement loin de faire consensus. Il faudra vaincre les résistances de ceux qui considèrent encore que l’entreprise est forcément le lieu de l’exploitation. Et de ceux qui opposent encore la formation générale des citoyens et la formation à un emploi, en considérant que ça n’est pas à l’école de préparer à la vie active. Et de ceux qui en sont restés à un schéma où le rà´le de l’université serait exclusivement de former des universitaires.

Cela nécessite aussi que les entreprises changent de regard sur l’université et les jeunes qui en sortent. Qu’elles reconnaissent les compétences spécifiquement acquises à l’université, y compris dans les filières générales, dans les filières de lettres et de sciences humaines, comme viennent de s’y engager 7 grandes entreprises dans le cadre de l’opération Phénix lancée le 2 février à l’université de Marne-la-Vallée - dont la Confédération étudiante constitue un des trois partenaires.

En 2007, l’enjeu est vraiment que l’université devienne un tremplin pour une insertion durable dans la vie active. Parce que c’est une question de justice. Sans changement, l’écart continuera à se creuser entre ceux qui comptent sur l’université pour s’insérer, souvent sans succès, et ceux qui se casent très vite car ils ont des appuis dans leur famille ou ont pu se payer une grande école. C’est aussi une question de liberté : nous ne voulons pas subir les mutations du monde du travail. Au contraire, nous voulons être acteurs de nos parcours. Cela signifie avoir les armes pour pouvoir choisir une formation, un emploi mais aussi pour pouvoir en changer, acquérir de nouvelles compétences, bref mieux maîtriser son destin. Enfin, c’est un enjeu capital pour l’université : elle doit démontrer sa contribution aux défis posés à notre pays et ses atouts par rapport aux autres systèmes de formation supérieure en France ou à l’étranger.

Dans ce contexte, construire des passerelles entre monde du travail et monde éducatif est un choix politique majeur pour notre génération. Mais cela ne signifie pas surspécialiser les formations ou les définir uniquement en fonction des prévisions du marché de l’emploi. D’autant que personne ne sait dire précisément ce que seront les métiers de demain. En revanche, on peut sans trop de risque prévoir que l’emploi requerra des personnes capables de s’adapter à un univers inattendu et sans cesse remodelé. Et que face à cette imprévisibilité, il faudra, pour réussir sa vie professionnelle, certaines aptitudes fondamentales. On peut déjà en citer trois : la mobilité, la capacité à fonctionner en réseau et la connaissance de soi, de ses envies, de ses aptitudes. C’est à cela que doit nous préparer l’université.

Pour affronter la vie active et s’y épanouir, nous avons besoin des compétences transversales qui seront indispensables demain, en plus des connaissances que nous délivre l’université. Ces compétences nous proviennent tant de notre formation que des expériences de la vie, dans le monde professionnel (boulots saisonniers, stages, jobs, CDD) mais aussi lors des expériences citoyennes souvent très formatrices. Pour cela, la Confédération étudiante propose de doter chaque jeune d’un « portefeuille de compétences », une façon pour chacun d’entre nous de faire valoir la spécificité de son parcours.

Il s’agit pour l’université et les entreprises de s’engager ensemble dans une étape majeure de l’évolution de notre enseignement supérieur. La Confédération étudiante est décidée à favoriser cette étape et organise en ce moment sur les universités un grand référendum auprès de 200.000 étudiants. Et, dans cet esprit, elle pose la question aux candidats à la présidence de la République : au-delà de mesures isolées et avant d’engager des réformes structurelles, l’insertion des jeunes doit-elle devenir, pour eux, la troisième mission de l’université du XXIe siècle ?

Julie Coudry


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